De ce murmure de l’origine, il en est aussi question dans « L’encre noire de mes nuits blanches », série d’Iris Gallarotti composée de 18 eaux fortes imprimées sur papier. Des formes organiques, structures squelettiques improbables, entrelacs cellulaires, insectes menaçants, surgissent des ténèbres comme de l’inconscient de l’artiste, sécrétions du Réel venues témoigner de l’abîme qui habite son sommeil. Voilà ce qui survient quand on griffe l’obscurité. Sur les plaques de cuivre vernies de noir, Iris Gallarotti grave ses visions par des lignes acérées dont la lumière émerge comme les astres du firmament et en ajoute le relief. Les motifs s’élaborent tels une sorte de paysage intérieur, un paysage de l’intérieur qui parle de sa propre création : des formes qui ne sont pas encore fixées, nébuleuses, avortées ; le chaos sur lequel le visible se construit.

Cet autoportrait se créé dans la violence. Celle des nuits blanches où les images entêtantes s’impriment sous les paupières épuisées pour se nourrir. Celle de la gravure, parfois réalisée avec les ongles de l’artiste. La violence aussi de l’acide dans lequel les plaques de cuivre doivent être engouffrées ainsi que l’oblige le processus de l’eau forte. De l’assemblage de ces 18 dessins, on pense à un corps fragmenté, à une formation organique accidentée. Pourtant, là aussi, une grande douceur en émane. Une fois « mis en boîte » dans son cabinet de curiosités, les cauchemars n’effraient plus Iris Gallarotti. Tel le fœtus que l’on observe dans ce squelette incomplet, il se pourrait qu’il en ressorte quelque chose de nouveau, qui aurait trait à la connaissance de soi. Ou simplement à la poésie.

Hannibal Volkoff, Galerie Hors-Champs, juillet 2017. 

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